Celia Franca : M’accordez-vous cette danse?

Le premier spectacle de Celia Franca au Canada

Découvrez l’histoire de Celia Franca, une femme qui a consacré sa vie entière à la danse. C’est à elle qu’on doit la création du Ballet national du Canada, aujourd’hui célèbre dans le monde entier, et c’est aussi grâce à elle que les premiers spectacles de danse dignes de l’élite mondiale sont exécutés au Canada. Dans cette émission, les archivistes Michel Guénette et Théo Martin ainsi que l’archiviste adjointe Judy Enright-Smith, tous trois de Bibliothèque et Archives Canada, nous parlent de Celia Franca et des ressources sur la danse qui sont mises à la disposition des chercheurs par Bibliothèque et Archives Canada.

Durée : 36:20

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Date de publication : 13 mars 2015

  • Transcription d'épisode 19

    Jessica Ouvrard : Bienvenue à « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada : votre histoire, votre patrimoine documentaire ». Ici Jessica Ouvrard, votre animatrice. Joignez-vous à nous pour découvrir les trésors que recèlent nos collections, pour en savoir plus sur nos nombreux services et pour rencontrer les gens qui acquièrent, protègent et font connaître le patrimoine documentaire du Canada.

    Dans cet épisode, nous découvrirons l’histoire de Celia Franca, une femme qui a consacré sa vie entière à la danse. C’est à elle qu’on doit la création du Ballet national du Canada, aujourd’hui célèbre dans le monde entier, et c’est aussi grâce à elle que les premiers spectacles de danse dignes de l’élite mondiale sont exécutés au Canada. Les archivistes Michel Guénette et Théo Martin ainsi que l’archiviste adjointe Judy Enright-Smith, tous trois de Bibliothèque et Archives Canada, sont avec nous pour nous parler de Celia Franca et des ressources sur la danse qui sont mises à la disposition des chercheurs par Bibliothèque et Archives Canada.

    Bonjour Judy.

    Judy Enright-Smith : Bonjour Jessica.

    JO : Merci d’être avec nous aujourd’hui.

    JES : Tout le plaisir est pour moi. Merci de m’avoir invitée.

    JO : Expliquez-nous comment Bibliothèque et Archives Canada a acquis le matériel contenu dans le fonds Celia Franca.

    JES : La première fois qu’on a demandé à Celia Franca de faire don de ses documents à Bibliothèque et Archives Canada – qui s’appelait alors les Archives publiques –, c’était à la fin des années 1970; je crois bien que c’était en 1979. Celia Franca était en train d’écrire un livre sur le Ballet national en collaboration avec le photographe Ken Bell, et elle voulait conserver ses papiers. Nous avons donc décidé d’attendre environ 18 mois avant de communiquer encore avec elle, ce que nous avons fait. Elle avait alors achevé son livre, et elle a fait son premier don à Bibliothèque et Archives en 1982, je crois. Il était composé d’environ 7 mètres de documents écrits et de 600 photos, la plupart en noir et blanc.

    Le deuxième volet de son don nous est parvenu à peu près 10 ans plus tard, en 1992. Il contenait d’autres documents textuels, des milliers de photos et de dessins, des pièces dites éphémères, conçues pour des occasions spéciales (comme des épingles et des médaillons), et différents prix qui lui ont été décernés. Nous avons reçu le troisième volet en 2007; elle nous l’a légué dans le cadre de sa succession.

    JO : Bonjour Michel.

    Michel Guénette :Bonjour.

    JO : Merci d’être ici avec nous aujourd’hui.

    MG : Ça me fait plaisir.

    JO : Pouvez-vous nous parler un peu de Celia Franca et de ses antécédents?

    MG : D’accord, oui. Celia Franca est née en 1921 à Londres, dans un quartier assez modeste, l’East End, de parents immigrants. Son père venait de Pologne; il était tailleur, donc ils n’étaient pas vraiment très riches. Très jeune, Celia Franca a démontré un talent pour la musique et la danse. Elle aime bien bouger et on l’a remarquée lors d’un mariage dans sa famille, et on l’a encouragée à poursuivre. Donc on l’a envoyée dans des écoles de danse, même si sa famille n’était pas très riche. Donc il fallait trouver…

    JO :… les moyens…

    MG : Les moyens financiers pour le faire. Donc elle est encouragée, elle va suivre une formation. Plus tard, son père va se poser des questions, parce qu’on ne devient pas très riche en faisant de la danse et du ballet à cette époque-là.

    JO : À n’importe quelle époque, d’ailleurs.

    MG : Tout à fait, encore aujourd’hui. Et Celia Franca est une femme très déterminée, et elle le démontre déjà très jeune. À quatorze ans, elle va aller auditionner dans une compagnie, pour participer à une comédie musicale qui s’appelait à l’époque Spread it Abroad. Et elle va être engagée comme danseuse dans cette comédie-là. Donc elle va gagner des sous, et elle était très contente de rapporter de l’argent à son père. Pour elle, de dire…

    JO : « Regarde.»

    MG : « Regarde, je suis capable de gagner de l’argent avec ça. »

    JO : Oui.

    MG : Plus tard, elle va poursuivre sa formation avec Antony Tudor et Marie Rambert. C’est une très grande ballerine, qui a une compagnie de ballet à son nom : le Marie Rambert Ballet. Et elle va participer aussi à des prestations du ballet, où elle va passer au ballet professionnel. Pendant la Deuxième Guerre, c’est là où il y a un gros tournant dans sa vie. Elle va se joindre au Sadler’s Ballet Theater, qui – avec Ninette de Valois, c’est une très grande ballerine, très grande dame, mondialement connue dans le milieu de la danse. Et elle va se joindre à cette troupe et elle va danser aux côtés de Margot Fonteyn…

    JO : OK.

    MG :… qui est très connue. Celia Franca est surtout reconnue pour son talent de danseuse dramatique. Parce qu’elle n’a pas un talent brut en tant que tel, mais elle a une belle prestance. On la regarde sur scène parce qu’elle…

    JO : Elle magnétise la…

    MG : Elle magnétise, et elle aime bien aussi jouer les rôles de méchantes un peu, là. Dans une des chorégraphies – je ne me souviens pas le nom, mais elle faisait l’araignée, je pense que c’est dans le papillon ou quelque chose… Elle était très bonne dans ce genre de rôles-là. Dans la compagnie Sadler’s, c’est pendant la guerre, donc ils vont jouer beaucoup pour les militaires; et quand la guerre se termine, donc en 1946, à la grande surprise générale, elle quitte le Sadler’s – qui est quand même un poste important à cette époque-là, où elle gagne des sous, un poste où l’on se pose moins de questions – elle quitte le Sadler’s.

    Selon elle, c’est parce qu’elle avait un rôle qu’elle devait refaire plusieurs fois et ça ne lui tentait pas vraiment. Des biographes disent que finalement, elle n’avait pas un rôle des plus importants dans le ballet qui allait être présenté, je pense que c’est La Belle au Bois dormant. Et, en plus, certaines ballerines qui avaient quitté le Sadler’s pendant la Deuxième Guerre mondiale reviennent. Donc…

    JO : Il y a de la compétition entre les ballerines : qui allait être l’étoile?

    MG : C’est ça. Connaissant un peu le caractère peut-être de Celia, fonceuse, déterminée, elle décide d’elle-même de quitter, tout simplement. Par la suite, elle va – bon, il faut qu’elle vive quand même, donc c’est des années un peu plus difficiles pour elle. Mais elle va quand même créer des chorégraphies, et elle va ajouter à son expérience, déjà très large. Elle est encore extrêmement jeune à cette époque-là; on va lui demander de créer une chorégraphie pour la BBC, donc qui est la télévision anglaise. Donc, elle va créer Salomé, qui est une première en Grande-Bretagne, à cette époque. Par la suite, elle va se joindre au Métropolitain Ballet, où elle va devenir également – en plus de danser pour la compagnie, elle va devenir aussi maîtresse de danse. Donc elle va ensuite cumuler l’enseignement.

    JO : D’accord.

    MG : Qui va être important. Donc elle a tout un bagage d’expérience, et c’est à ce moment-là où un groupe de Toronto aimerait bien fonder une compagnie de danse, de ballet. Et on va en Grande-Bretagne; les gens connaissent Ninette de Valois dont on a déjà parlé, vont la voir et elle aurait recommandé Celia Franca. Donc on prend contact avec Celia Franca; ça se passe dans les années cinquante à peu près. Finalement, de fil en aiguille, ça fonctionne : elle vient au Canada en 1951 et fonde le Ballet national du Canada.

    JO : De quoi se compose la collection?

    JES : La collection Franca est très riche en contenu et en portée. On y trouve surtout des documents textuels; nous en avons environ 14 mètres linéaires. Nous avons aussi près de 2 600 photographies, des illustrations – environ 250 dessins – et un assortiment de broches, de médailles et de médaillons. Le matériel textuel est divisé en plusieurs séries, en fonction du thème ou de la matière. La première série contient de la correspondance – des dossiers et des dossiers de correspondance, tant personnelle que professionnelle. Il y a ensuite la série de notes; Celia Franca tenait un nombre incroyable de notes! Nous en avons des centaines et des centaines.

    JO : Insérées dans des cahiers?

    JES : Non, ce sont de petites notes sur des bouts de papier, petits ou gros. La série de cahiers est venue plus tard. Ce sont donc des notes, minuscules ou plus grosses : des listes d’épicerie et de blanchisserie, des choses à faire au sujet de ses chats, des choses de tous les jours, des listes des galas auxquelles elle allait assister, des notes sur ses rencontres avec les célébrités. L’intéressant, dans ces notes, c’est cette juxtaposition très frappante de sa vie privée et de sa vie personnelle. Cela donne au lecteur une compréhension très riche de la Celia Franca « personnelle » et de la Celia Franca « professionnelle ».

    La série suivante est consacrée exclusivement au Ballet national du Canada. Elle contient des dossiers sur les assemblées annuelles du Ballet, les procès-verbaux des réunions du conseil d’administration, et des dossiers sur les budgets, les finances et les différentes tournées, tant nationales qu’internationales.

    On retrouve dans une autre série des programmes imprimés des différentes tournées de Celia Franca au Canada et à l’étranger. On trouve aussi des douzaines de coupures – des coupures de journaux et des critiques. Et nous avons aussi une série composée de souvenirs et d’effets personnels, qui contient ses prix et ses grades honorifiques, ses calendriers, ses agendas, ses passeports, son acte de naissance, son testament, ce genre de choses.

    Nous en arrivons ensuite aux cahiers : des douzaines de cahiers qui concernent surtout sa carrière. On trouve donc des cahiers consacrés à la conception de costumes, à l’éclairage de scène ou à des notes d’enseignement. D’autres cahiers sont remplis de mouvements de danse ou de dessins, illustrant par exemple comment elle voulait que les bras d’un danseur soient drapés autour de ceux d’un autre danseur… Des choses d’un très grand intérêt!

    JO : Vous avez mentionné des photos?

    JES : Effectivement, la collection Celia Franca renferme environ 2 600 photos, à commencer par de simple instantanés de sa famille et de ses amis. Il y a beaucoup de photos de Celia Franca en compagnie de professionnels, dont Frank Augustyn; toutes sortes de photos de banquets et de fêtes; plusieurs images très intéressantes de Celia Franca enseignant à une toute jeune Veronica Tenant… Sans compter plusieurs photos professionnelles de type commercial – des photographies courantes dans l’industrie du spectacle.

    La collection contient aussi des illustrations : environ 250 dessins, la plupart au crayon de couleur et certains à l’aquarelle. Ces illustrations concernent surtout la conception de costumes. Elles sont très belles; elles sont saisissantes! Elles ont été faites au crayon de couleur sur du carton à dessiner, et elles sont aussi prises pendant que la ballerine dansait en costume. Les mouvements et les détails sont si beaux que les dessins donnent presque l’impression d’être vivants.

    Chaque carton à dessiner contient aussi un échantillon du tissu qui allait être employé dans les costumes. Les costumes vont du simple collant – destiné au chœur, j’imagine – à de magnifiques robes opulentes et ornementées pour les danseuses étoiles, qu’on pouvait vite détacher quand il fallait rapidement changer de costume, et d’autres choses du genre. Ils sont vraiment ravissants.

    JO : Bonjour Théo. Merci d’être avec nous ici aujourd’hui.

    Théo Martin : Merci beaucoup. Merci de me recevoir.

    JO : Est-ce que le fonds de Celia Franca peut être consulté?

    TM : C’est une très bonne question. En fait, bien sûr, la majorité de son fonds est traité, décrit et ouvert à la consultation. En fait, c’est assez bien, parce que ce n’est pas toujours le cas avec les autres fonds et collections, surtout en arts du spectacle (ou arts de la scène). C’est effectivement quelque chose que les chercheurs en danse ou autres auraient intérêt à connaître, parce que c’est vraiment toute une richesse qu’on a ici, à BAC. Cependant, il est important de noter que certaines correspondances sont peut-être accessibles; il faudra sans doute demander l’autorisation.

    JO : Oui.

    TM : On parle de correspondance privée…

    JO : Personnelle.

    TM :… personnelle, plus privée.

    JO : OK, donc on est quasiment là, complètement…

    TM : Absolument, absolument. En ce qui concerne aussi, il y a à peu près 3000 photographies. C’est vraiment un fonds exceptionnel du point de vue graphique, iconographique. Donc il y en a un très grand nombre qui ont plus de cinquante ans et qui sont couverts, donc qui sont en dehors des droits d’auteurs, qui sont facilement consultables. En général, les photos peuvent donc être reproduites, mais bon, il faut que les chercheurs soient réalistes. Vous savez que forcément, peut-être qu’on est au-delà des cinquante ans, mais c’est toujours la loi du photographe – ou du moins de la succession de ces photographes-là. Alors c’est à voir, de ce côté-là.

    JO : Pourquoi Celia Franca est-elle importante pour l’histoire du Canada?

    MG : Elle est importante, selon moi, à plusieurs niveaux, si on peut dire. Elle a participé vraiment au développement de la danse au Canada, et des arts de la scène en tant que tel. Je pense, pour comprendre son importance – c’est important de savoir que jusque dans les années cinquante, la danse ne représente pas grand-chose ici. Il n’y a pas… Le Canada n’a pas de tradition de ballet, de danse, à part dans les maisons et quelques spectacles ici et là. Donc, il y a quand même quelques pionniers. Comme je mentionnais plutôt, Boris Volkoff, qui a fondé une école; il va donner également des représentations ici et là. Mais ça demeure toujours amateur : c’est toujours soit des écoles de danse ou des troupes amateurs. Sinon, c’est surtout des étrangers qui viennent ici présenter. Les danseurs sont souvent des étrangers également; il n’y a pas vraiment d’engouement.

    À partir des années cinquante, ça commence à changer. Déjà, à Winnipeg, il y avait une troupe amateur et qui va devenir, à ce moment-là, professionnelle – qui va devenir le Ballet royal de Winnipeg, et quelques années après, c’est Celia Franca qui fonde le Ballet national du Canada. Quelques années plus tard, c’est au tour des Grands Ballets canadiens. Donc une espèce d’engouement dans les années cinquante. Et Celia Franca n’est pas étrangère à ce développement-là.

    JO : D’accord.

    MG : Elle est importante, également, parce qu’elle a apporté beaucoup de rigueur à la danse et au ballet au Canada également. Venant de Grande-Bretagne, avoir dansé dans de grandes compagnies, très exigeantes… Ce n’est que l’élite qui peut arriver à ces statuts-là. Donc elle arrive avec son bagage et elle exige un peu la même chose dans un pays où il n’y a vraiment rien. Donc elle devait tout bâtir, et elle apporte toute cette rigueur-là. Elle voulait un peu faire du Ballet national du Canada, un peu ce qu’est le Sandler’s en Grande-Bretagne. Alors elle apporte tout ce bagage-là, toute cette rigueur, toute cette exigence, envers la compagnie en tant que telle, et auprès de ses danseurs également.

    Il faut mentionner aussi, je pense, la raison pour laquelle elle est importante dans l’histoire de la danse au Canada, en plus de tout ce qui a été mentionné : c’est qu’elle tenait également à cœur de créer une école de danse. Pour elle, c’est indissociable de la qualité d’une grande compagnie professionnelle. Jusqu’alors, aller chercher à l’extérieur de très grands danseurs pour être les danseurs principaux – ou les danseurs canadiens qui avaient un très très grand potentiel, pour parfaire leur formation, pour suivre leur carrière, devaient aller à l’étranger.

    JO : D’accord.

    MG : Donc, c’est à ce moment-là qu’elle va fonder, avec l’aide de Betty Oliphant, une école de danse affiliée au Ballet national du Canada, pour vraiment cimenter le tout. Donc si on est capable de créer nos propres danseurs qui vont devenir de grandes vedettes, ça va assurer…

    JO : Le succès…

    MG : Le succès et la pérennité de la compagnie. Et ça va très bien fonctionner : on peut penser à Martine Van Hamel, qui va devenir une très grande ballerine; d’autres peut-être, un peu plus connus de notre génération actuelle, Veronica Tennant ou Karen Kain…

    JO : Qui est maintenant la directrice, je pense.

    MG : Tout à fait. Donc elles ont passé des moments à l’école, et aussi sous la direction de directeurs artistiques des Grands Ballets.

    JO : OK.

    JO : Selon vous, quelle est la plus grande réalisation de Celia Franca?

    MG : C’est difficile de…

    JO : De dire une chose…

    MG : De dire une chose en tant que telle, surtout quand on ne l’a pas connue en tant que tel. C’est intéressant parce que sa biographe Carole Bishop Gwyn mentionne que sa plus grande réalisation, c’est elle-même, finalement. Elle s’est fabriqué presque un personnage, Celia Franca : dans le milieu de la danse, c’est une très grande figure. Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, elle représente le ballet ici au Canada. Et elle s’est formée elle-même. Finalement, c’est ça qui est un peu extraordinaire : venant d’un milieu très modeste, qui était très loin des arts en tant que tel, elle a réussi à monter tous les échelons et à devenir une figure de proue du ballet au Canada.

    JO : Oui.

    MG : Sinon, on peut mentionner la réalisation peut-être la plus remarquable : c’est la naissance de la compagnie en tant que telle.

    JO : Oui.

    MG : Le Ballet national du Canada qu’elle a fondé, c’est une très grande réalisation qui existe depuis 1951, et qui a connu des moments de gloire, et qui connaît encore…

    JO : Qui est maintenant une école très établie, une école et une compagnie très établies…

    MG : C’est ça.

    JO : Au Canada et dans le monde.

    MG : Exactement. Par son rayonnement – dû à sa création du Ballet national du Canada –, et qui va de pair aussi avec l’école dont elle tenait extrêmement à cœur. Je pense que c’est l’ensemble de ces éléments-là qui font, pour moi, quelqu’un qui a réalisé énormément de choses.

    JO : Comment le fonds peut-il être consulté? Y a-t-il quelque chose accessible en ligne?

    TM : Absolument! En fait, il s’agit de consulter la notice du fonds de Celia Franca que l’on retrouve sur le site Web de BAC, pour non seulement découvrir la description du fonds, mais aussi commander les documents libres d’accès. La consultation peut se faire dans la salle de consultation à BAC. Par contre, certains éléments graphiques du fonds – et surtout certaines photographies – sont déjà accessibles en ligne, notamment sur le portail de BAC et sur Flickr. Il y a aussi la base de données des images en ligne qu’on peut retrouver sur le site Web. Une simple recherche avec les mots clés « Ballet national du Canada », « Celia Franca », « ballet », « danse », vous permettra de visionner ces photos. C’est tout à fait magique! 

    JO : Oui, oui, oui. Quels sont les documents que Bibliothèque et Archives Canada possède au sujet du Ballet national du Canada? C’est la même chose en fait?

    TM : Oui; en fait, Bibliothèque et Archives Canada détient d’autres fonds en lien avec le Ballet national du Canada, en effet. Celia Franca a su enseigner et faire rayonner ses étudiantes du National Ballet qui deviendront, par la suite, des danseuses émérites qui connaîtront de grandes carrières nationales et internationales. Parmi elles, bon…

    JO : Karen Kain, bien sûr.

    TM : Karen Kain, absolument, dont on détient le fonds ici à BAC; Veronica Tennant, qui est une grande ballerine, qui a eu une grande carrière par la suite. Donc, on a des documents inouïs, avec une richesse, qui documentent non seulement leur carrière au National Ballet, mais aussi ce qu’elles ont fait par la suite pour développer la danse – et être activistes aussi au niveau des arts de la scène au Canada.

    Dans le cas de Veronica Tennant, non seulement a-t-elle offert ses archives en lien avec sa carrière de danse, mais aussi en lien avec sa jeunesse; c’est assez intéressant, son éducation, ses carrières et ses réalisations en tant qu’écrivaine. Elle a même écrit pour les enfants; on a quelques livres ici dans la collection de BAC – sa carrière de comédienne (parce qu’elle a joué sur scène, notamment au Shaw Festival), chorégraphe, animatrice de télé, réalisatrice et productrice d’un nombre important de documentaires, notamment pour la chaîne CBC. Elle est, comme j’ai dit tantôt, une activiste pour la promotion des arts et de la culture au Canada. BAC détient d’ailleurs la plupart des films et documentaires de Veronica Tennant, notamment le documentaire réalisé en l’honneur de Celia Franca, intitulé Celia Franca tour de force, réalisé en 2006.

    JO : OK, donc peu de temps avant sa mort en fait.

    TM : Oui, peu de temps avant sa mort. C’est un bel hommage de sa carrière, et aussi, fait par une de ses anciennes étudiantes.

    Dans le cas de Karen Kain, elle a aussi offert ses archives en 1995, et ses documents se rapportent aussi à son éducation, sa vie, sa carrière avec le National Ballet. On y retrouve aussi plusieurs documents en lien avec sa carrière au niveau international. Il y a aussi certains documents portant sur sa jeunesse, ses distinctions honorifiques, une importante collection de photographies de Karen Kain comme danseuse principale au National Ballet... D’autres documents, sans doute plus restreints, comportent de la correspondance très riche avec d’autres danseurs, d’autres chorégraphes et d’autres personnalités du monde politique, au Canada comme dans le monde.

    JO : Oui.

    TM : C’est assez intéressant. Alors les deux fonds mis ensemble représentent à peu près 15 mètres de documents textuels, 3500 photographies… C’est sans oublier l’audiovisuel, l’art documentaire, les affiches et les médailles. C’est très très…

    JO :… riche, j’imagine.

    TM : Riche. Absolument, dans les deux cas. C’est là que je vais peut-être vous en parler un peu : c’est que ces documents-là n’ont pas été compilés par ces deux danseuses, mais bel et bien par leurs mamans. C’est ça qui est assez impressionnant. Alors on parle de presque vingt ans de collection de tout ce qui pouvait…

    JO : De tout ce qui avait rapport à leur développement, à leur enfance.

    TM : Leur développement de carrière, oui.

    JO : De leur petite enfance à leur carrière.

    TM : À travers leur carrière, et c’est assez intéressant. Donc aujourd’hui, Veronica Tennant et Karen Kain sont toujours très actives au niveau de la danse, tant au Canada que dans le monde. Karen Kain, d’ailleurs, est présentement la directrice artistique du National Ballet. Alors c’est un vrai privilège de conserver ici à BAC le patrimoine documentaire de ces deux anciennes ballerines du National Ballet.

    JO : Oui.

    TM : Et je veux aussi ajouter que ce n’est pas juste ça qu’on a du National Ballet. Il y a aussi les photographies de Ken Bell. Ken Bell, c’était le photographe officiel du National Ballet, depuis ses débuts jusqu’à peu près la fin des années 1970. Bell a su capter, avec brio vraiment, les premières représentations des grands ballets classiques du National Ballet. On parle de Coppélia, on parle de Casse-Noisette, on parle de Giselle et bien plus.

    Et Bell a pris des photos mémorables, aussi, de la fondatrice du National Ballet, Celia Franca. Il va aussi prendre des photos d’autres grandes danseuses. J’en ai nommé tantôt, mais il y a aussi Lois Smith, Nadia Potts et bien d’autres. On peut retrouver aussi des belles photographies de danseurs et de productions du National Ballet dans le fonds de Michel Lambeth, qui a aussi pris des photographies des écoles reliées au National Ballet. Et peut-être que les auditeurs ne le savent pas, mais il y avait une extension du National Ballet ici même à Ottawa, où on enseignait à de futurs grandes ballerines et grands danseurs.

    Par ailleurs, il faut mentionner que BAC détient un nombre très important de documents portant sur les débuts du National Ballet – notamment un fonds qui s’appelle « National Ballet », mais qui est composé de doublons, de duplicatas, parce que la majorité des documents administratifs (plus opérationnels) se retrouvent encore aujourd’hui au National Ballet.

    JO : Oui, bien sûr.

    TM : Par contre, pour les intéressés du National Ballet, c’est un bon départ pour leurs recherches, parce qu’on a vraiment des documents qui expliquent la fondation d’une de nos plus grandes institutions en danse au Canada. Au niveau de la danse contemporaine, on a la chance d’avoir le fonds du Groupe de la Place royale, qui est vraiment une des premières organisations de danse contemporaine au Canada, et qui va devenir le Groupe Lab dans les années 1990. Malheureusement, cette institution a fermé ses portes en 2010 à peu près. Cofondée en 1966 par les chorégraphes et danseurs Jeanne Renaud et Peter Boneham, cette institution fut donc, comme je l’ai dit, une des premières à développer la danse contemporaine et qui va nourrir d’autres groupes, qui vont paver la voie pour des institutions comme La La La Human Steps

    JO : Oui, j’allais dire…

    TM : Absolument, pour le Toronto Dance Theater par exemple. Donc toutes les institutions que l’on connaît aujourd’hui ont pris racine avec le Groupe de la Place royale. Et ce qui est encore plus intéressant, c’est que tout récemment, j’ai eu la chance de faire l’acquisition du fonds Peter Boneham, qui représente presque cinquante ans de danse de ce danseur, chorégraphe très reconnu et primé au Canada.

    Un autre fonds qu’il faut remarquer en danse contemporaine est celui de la Fondation de danse Margie Gillis, qui est une de nos danseuses les plus réputées, les plus renommées, connue internationalement. Et on a eu la chance, il y a quelques années, d’acquérir le fonds de sa Fondation. Et on y retrouve ses explorations artistiques, tout comme on retrouve ses collaborations avec des danseurs tant du Canada que du monde entier.

    D’autres fonds qu’on a à ce niveau-là, c’est, par exemple, le Toronto Dance Theater, et on va retrouver dans certains fonds – même publics, comme le Centre national des arts – des références tant à la danse contemporaine que la danse classique.

    JO : Quelle estvotre pièce préférée dans la collection, et pourquoi?

    JES : En fait, ma préférence va à plusieurs pièces. J’ai déjà évoqué les magnifiques cartons à dessiner noirs créés par Kay Ambrose pour la conception des costumes. Quand je passais à travers la collection, j’ai aussi trouvé un cahier qui contenait une étrange série de petits cercles et de flèches – certaines flèches pointaient vers la gauche, et d’autres, vers la droite. J’ai pris conscience que c’était presque un « alphabet du ballet » de Celia Franca, parce que je suppose qu’il n’existe aucun symbole pour une arabesque ou un plié. La seule explication qui me vient à l’esprit, c’est qu’elle avait créé sa propre langue alphabétique. Le cahier tout entier était absolument plein de cercles et de flèches, rempli page après page de cet alphabet du ballet. C’était fascinant à voir, et je me suis rendu compte que Celia Franca était probablement la seule à pouvoir comprendre ce cahier. J’ai trouvé que c’était de toute beauté.

    JO : Est-ce que vous avez, dans vos recherches, trouvé des anecdotes, des histoires intéressantes qui montrent un autre côté de Celia Franca?

    MG : À part, bon… On a mentionné son caractère de rigueur, de détermination, de fonceuse, tout ça; elle avait aussi un sens de l’humour peut-être un peu britannique, donc je ne sais pas si tout le monde comprenait, mais lors d’une présentation du ballet Giselle, il y a des ballerines qui doivent sortir d’un des côtés de la scène et courir à l’arrière-scène pour rentrer de l’autre côté. Alors, lors de la course, l’une d’elles tombe par terre et dit : « J’espère que Celia n’a pas vu! » (C’est une traduction libre, parce qu’en anglais c’est autre chose.) Donc « J’espère que Franca n’a pas vu! », donc une personne à côté la relève et dit : « Ça va, chère, elle n’a pas vu! », et c’était Celia Franca qui l’avait relevée elle-même. Donc c’est pour dire qu’elle…

    JO :… savait un peu…

    MG :… tempérer les choses, parce qu’on a souvent dit que certains danseurs, ballerines avaient peur d’elle. Peut-être aussi, à l’occasion, peut-être – c’est pour justement leur permettre, peut-être, d’être plus exigeants envers eux-mêmes ou d’améliorer leur performance, parce que certains autres danseurs disent s’être très bien entendus avec elle au cours de leur carrière.

    JO : Donc après être venue à Ottawa, je sais qu’elle a fondé une école de danse, mais après, est-ce qu’elle a pris sa retraite?

    MG : Pas en tant que tel;ce n’était pas une femme faite pour rester à la maison. Alors lorsqu’elle a quitté ses fonctions au Ballet national du Canada, elle est venue s’établir ici, à Ottawa, puisqu’elle avait un mari qui jouait à l’Orchestre national des arts à Ottawa. Elle est demeurée dans le milieu artistique. Elle a été reconnue au Canada pour son apport à la danse : elle a été reçue à l’Ordre du Canada en 1967, nommée compagnon de l’Ordre en 1985, ce qui est quand même assez tôt. Ensuite, elle a reçu le Prix Molson du Conseil des arts du Canada en 1974, donc juste après ou peut-être au moment de quitter ses fonctions au Ballet national du Canada; le diplôme d’honneur de la Conférence canadienne des arts en 1986; et le prix du Gouverneur général pour les arts de la scène en 1994. Donc elle a quand même cumulé plusieurs prix qui font qu’on reconnaît finalement son talent, bien sûr, mais aussi…

    JO :… son apport…

    MG :… son apport à la danse, au ballet au Canada.

    JO : Merci beaucoup, Michel, d’être venu ici nous parler de Celia Franca et de son œuvre.

    MG : Ça m’a fait très plaisirde partager ces moments avec vous.

    JO : Avez-vous autre chose à ajouter, Théo?

    TM : La seule chose que j’ajouterais, c’est qu’il faut suivre le site Web de BAC pour découvrir au fur et à mesure la collection qui va s’afficher de plus en plus. Parce qu’on sait pertinemment qu’il y a une richesse dans les fonds et collections, et que de plus en plus, la communauté – non seulement de la danse – des chercheurs, des amateurs des arts de la scène découvrent de plus en plus ce que BAC a à offrir de ce côté-là. Donc, il faut être à l’affût de ce que BAC va offrir dans les prochaines années.

    JO : Merci beaucoup Théo.

    TM : Merci infiniment.

    JO : Pour en savoir plus sur Celia Franca et sur d’autres Canadiennes exceptionnelles qui se sont distinguées par leur contribution remarquable à la société canadienne et au monde, visitez notre page Web Femmes à l’honneur : Leurs réalisations à collectionscanada.gc.ca/femmes.

    N’oubliez pas non plus de consulter notre blogue, ledecoublogue.com, pour d’autre contenu sur les arts de la scène. Pour trouver ce contenu rapidement, cliquez sur Musique et arts de la scène dans la liste des catégories, à droite de la page Web.

    Merci d’avoir été des nôtres. Ici Jessica Ouvrard, votre animatrice. Vous écoutiez « Découvrez Bibliothèque et Archives Canada ‒ votre fenêtre sur l’histoire, la littérature et la culture canadiennes ». Je remercie nos invités d’aujourd’hui, Judy Enright-Smith, Michel Guénette et Théo Martin.

    Pour plus d’information sur nos balados ou si vous avez des questions, commentaires ou suggestions, veuillez nous visiter à www.bac-lac.gc.ca/balados.

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